La nuit des barbares

de Orlando de Rudder

Préface de Yann Fastier


Ve siècle après J.-C. Alors que l’empire romain s’effondre sous la poussée des peuples, un jeune moine gaulois fait route avec un vieux barbare en quête de vengeance. Parias parmi les leurs, Albinus et Sexadigite, bientôt rejoints par la belle Sissi dans une osmose amoureuse échappant à toute morale, n’auront de cesse de bâtir leur propre utopie à l’abri du regard des hommes.

Orlando De Rudder (1950-2015) aura connu mille vies, dont le fil rouge fut toujours l’écriture. Paru en 1983, La Nuit des barbares – d’un ton résolument personnel et loin des clichés du roman historique – marquait son entrée en littérature sous la double attraction du plaisir et de la rage.

Extrait

Était-ce un loup qui hurlait au loin, ou bien le vent, scindé par quelque rocher tranchant ? Quelques gouttes de pluie firent chuinter le feu. Sexadigite serra sa demi-couverture autour de lui. On eût dit qu’il s’y agrippait. Il ne faisait pas trop froid, cependant, à part derrière les gens. Le chaudron du repas avait encore le cul rougi par la braise. Un reste de ragoût d’yeux de lièvre, avec des carottes sauvages, des navets nains et autres racines y bouillonnait calmement. C’était encore de la cuisine de chasseur : on mange des yeux pour voir… — Une plaine s’allonge au pied de mon village, dit Sexadigite. Des nations entières y passèrent lentement. Nous les regardions, cachés derrière ces arbres qui peuplent notre colline et protègent nos champs. Après ces hordes fuyantes nous avons vu les spectres. Les spectres ?… Ce sont les doigts mangés, les yeux perdus, les angoisses de la faim, le regard de la Mort ; et aussi les guerriers retors qui taillent et puis qui tuent, les conquérants féroces et les misères obtuses. Ils poursuivent les nations, s’agrippent aux cheveux du dernier de la horde, du plus lent, du plus hagard ; ils s’accrochent à ses yeux qui ne verront plus rien. Comment je le sais ? Je les ai vus, te dis-je et on m’a raconté… mon père, mon grand-père… Car nous aussi sommes venus, un jour du fond de l’Est, nous aussi avons aimé les sorcières des forêts qui vous attachent à une terre jusqu’à n’en plus bouger. Nous sommes proches des Huns par cela, comme par nos yeux. Les yeux, le regard, c’est terrible ! Nos yeux, jadis, étaient ronds comme les tiens, mais ils ont trop mangé de lumière sale, de misère et de mort : ils ont voulu se clore et se sont amincis.

  • 236 pages ; 19 euros
  • ISBN 979-­10­-980140-0-0
  • Parution 20 décembre 2025

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